BIENVENUE SUR LE SITE DE PHILIPPE DANVIN, AUTEUR DRAMATIQUE

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SCENE 1: MICHEL puis SOIF D'APPRENDRE         Revenir à la pièce

(Au lever du rideau, Michel  téléphone.)

MICHEL. - Tu ne devineras jamais: la première porte, c'était l'entrée d'un club échangiste. Il y était indiqué: « Aujourd'hui, soirée costumée. Première partie: déguisements. Deuxième partie: tous en Adam et Eve... » (Il rit.) Plus loin, sur une deuxième porte, j'ai lu "Les dépressifs anonymes, réunion chaque vendredi soir". Et puis, toujours sur le même palier, encore une porte avec une autre plaque: Michel...oui comme moi... Leblé. Michel Leblé, docteur en psychologie...et celui-là, je me suis dit: avec un nom pareil, il doit en avoir du blé...Et sur la porte suivante, nouvelle plaque: Bénédicte Tain...oui, Tain: T.A.I.N., vétérinaire...J'aurais plutôt cru négociante en liqueurs...mais oui, en Bénédictine...(Il sourit.) Non, je me contente d'un cambriolage par semaine: le vendredi. Et de temps en temps, Mathilde m'accompagne. C'est le cas aujourd'hui. Elle est occupée à faire l'inventaire chez Bénédicte Tain. (Il sourit.) Cambrioler en couple, ça a du bon...On aurait pu venir en Adam et Eve. (Il sourit.)... Beaucoup de gens sortent le vendredi soir et c'est là que j'entre en action. ...Quelques liquidités et objets de valeur...plus aucun gros cambriolage...Je cours moins de risques parce que si je me fais pincer, je reprends cinq ans...Direction la prison de la santé...très néfaste à ma petite santé...Je coupe, il est temps de filer. Salut ! (Il raccroche.)

Relevons quand même cette chaise. Curieux, on dirait qu'elle a été placée exactement sur le téléphone. (Il la redresse puis replace le téléphone sur le bureau.) J'ai horreur de quitter les lieux en désordre. Michel Larcin, gentleman cambrioleur...Michel Larcin...Pourquoi pas Michel Libertin, aujourd'hui ? Pas sûr que Mathilde apprécie ... Non, Michel, reste Larcin. Pour Libertin, tu reviendras demain...(Il sourit.) Me voilà poète à mes heures...perdues ? (Il sourit à nouveau.) Non, pas perdues...le sac est plein, l'argent a été ravi et m'en voilà tout ravi. Et je continue avec la poésie...Je suis venu chez Leblé et j'en repars avec le blé...(Prenant un air pincé.) Je quitte le cabinet fort aise...avec le fric, le pognon et le pèze. (Il rit. Il ramasse rapidement son sac, veut se diriger vers une autre porte côté jardin mais une femme en costume de marquise fait son entrée.)

SOIF D'APPRENDRE. - Ah, docteur, enfin !

MICHEL, surpris, en aparté. – Quelqu’un ? (Puis à la femme.) Docteur ? (Il redépose son sac.)

SOIF D'APPRENDRE, désignant le sac. - Vous partez en voyage ?

MICHEL - Non...non...enfin si, demain.

SOIF D'APPRENDRE. - Vous êtes bien le docteur ?

MICHEL. – Oui…bien sûr...Michel Lar...Leblé...Michel Leblé...Enchanté, Madame  ?

SOIF D'APPRENDRE, soudain plus familière. - Dans ce genre d'endroit, on ne dit jamais son vrai nom, pourquoi as-tu donné le tien ?

MICHEL. - L'habitude de l'appel à la prison de la Santé chaque matin...Michel Leblé ? Présent !

SOIF D'APPRENDRE. - L'appel à la prison de la Santé ?

MICHEL. - ...Non...je.. je disais quand on m'appelle et qu'on n'a pas la santé, je réponds présent...à l'appel.

SOIF D'APPRENDRE. - Je ne suis pas sûre de t'avoir bien suivi.

MICHEL. - Eh bien alors, c'est que tu étais devant.

SOIF D'APPRENDRE. - Devant ?

MICHEL. - Si tu ne m'as pas suivi, c'est que tu étais devant.

SOIF D'APPRENDRE, souriant. - T'es un petit marrant, toi.

MICHEL. - On se défend...l'humour et la poésie.

SOIF D'APPRENDRE. - T'es aussi poète ?

MICHEL. - Le vendredi soir seulement...et uniquement dans certaines circonstances.

SOIF D'APPRENDRE. - En parlant des circonstances, elles sont particulières: tout est fermé.

MICHEL. - C'est-à-dire ?

SOIF D'APPRENDRE. - Toutes les portes, tous les volets sont bloqués. On ne peut plus sortir.

MICHEL. - Comment ça "On ne peut plus sortir " ? Mais je dois sortir. (Puis en aparté.) Et avec mes passes, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.

SOIF D'APPRENDRE. - Comme tu sais qu'il s'agit d'une soirée particulière avec uniquement des gens qui débutent ici, on ne sait pas quoi faire.

MICHEL. - Et moi je dois savoir ?

SOIF D'APPRENDRE. - Evidemment: un type a dit que le patron du club était le psy et qu'il existait plusieurs portes communicantes entre le club, la salle pour les dépressifs, les cabinets et les appartements privés.

MICHEL. - Les cabinets...?

SOIF D'APPRENDRE. - Le tien et celui de ta femme. Elle a donc un cabinet sur le même palier ?

MICHEL. - ...Sur le même palier...comme tu dis.

SOIF D'APPRENDRE. - Et vos métiers sont complémentaires, ce n'est pas plus mal.

MICHEL, réfléchissant. - Complémentaires ? Elle vend de la liqueur et moi...

SOIF D'APPRENDRE. - Elle vend de la liqueur ?

MICHEL. - Non...non...Qu'est-ce que je raconte, moi ?...C'est parce qu'elle s'appelle Bénédicte Tain.

SOIF D'APPRENDRE. - Et alors ?

MICHEL. - Bénédicte Tain...Bénédictine...

SOIF D'APPRENDRE, réalisant. - Bénédictine...la liqueur...Le type l'avait bien dit: le patron, c'est un comique.

MICHEL. - Le type ?

SOIF D'APPRENDRE. - Oui, Gros cochon.

MICHEL. - Il y a un gros cochon à côté ?

SOIF D'APPRENDRE. - Gros cochon, c'est son pseudo. On a tous un pseudo.

MICHEL. - Oui...oui...je vois.

SOIF D'APPRENDRE. - Tu es sûr que tu es le patron ?

MICHEL. - Bien sûr. Michel Leblé, c'est écrit sur la plaque dehors.

SOIF D'APPRENDRE. - Mon pseudo à moi, c'est Soif d'apprendre. C'est gentil, non ? Je veux tout savoir, tout connaître...

MICHEL. - …sur ce qui t'amène ici un vendredi soir...pour une soirée costumée…

SOIF D'APPRENDRE. - …où on finira par laisser tomber les costumes. Et ton pseudo à toi, c'est...?

MICHEL. - C'est...c'est facile...c'est The boss...le patron...

SOIF D'APPRENDRE. - Parce que tu l'es et tu es même chez toi.

MICHEL. - Voilà:  The boss parce que c'est ici que je bosse...Ce qui nous ramène à la poésie.

 

SCENE 2: MICHEL, SOIF D'APPRENDRE, puis MATHILDE

 MATHILDE, rentrant côté cour en laissant tomber par terre un sac de sport. - Michou, tu as fini ?

MICHEL, allant rapidement vers elle. - Bénédicte, tu es déjà là, Bénédicte ?

MATHILDE. - Mais pourquoi m'appelles-tu Bénédicte ? (Puis après avoir sursauté en voyant Soif d’apprendre, en aparté à Michel.) Mais qui est-ce ?

MICHEL, à Soif d’apprendre. - Elle me demande pourquoi je l'appelle Bénédicte, elle est incroyable. Il faut dire que je l'appelle tellement souvent Bénédictine....dans l'intimité.

SOIF D'APPRENDRE. - Ah oui, bien sûr, dans l'intimité...Je vois.

MATHILDE, étonnée. - Dans l'intimité, tu m'appelles souvent Bénédictine ?

MICHEL, à Soif d’apprendre . - Elle a peur de l'avouer...Elle est très pudique, vous savez.
SOIF D'APPRENDRE. - Très pudique dans un club échangiste ?
MATHILDE. - Dans un club échangiste ?
MICHEL. - Mais oui, le club sur le palier...Gros cochon lui a dit que nous en étions les propriétaires.
MATHILDE. - Gros cochon ?
SOIF D'APPRENDRE. - C'est son pseudo.
MATHILDE. - Ah ! C'est son pseudo, ça me rassure....Mais si je pouvais suivre la conversation.
SOIF D'APPRENDRE. - Prenez un vélo.
MATHILDE/MICHEL,
en choeur. - Un vélo ?
SOIF D'APPRENDRE,
à Michel. - Je t'ai bien eu, hein ?...Un vélo pour suivre la conversation, tu n'as pas compris ?
MICHEL. - Si...mais je n'étais pas concentré. Par contre, je suis sûr que Bénédicte n'a pas compris.
MATHILDE. - Effectivement, je n'ai pas tout compris.
MICHEL
.
- Bénédictine, ma petite liqueur, viens, je vais t'expliquer.
SOIF D'APPRENDRE. - Eh ! j'en ai une autre.
MATHILDE/MICHEL,
en choeur. - Une autre ?
SOIF D'APPRENDRE. - Oui: ta femme devrait ausculter Gros cochon.
MATHILDE. - Ausculter Gros cochon ?
MICHEL. - J'ai compris: comme Bénédicte Tain, ma femme, est vétérinaire...
SOIF D'APPRENDRE. - ...elle devrait ausculter Gros cochon.

MATHILDE. - Si on m'expliquait parce que, pour rappel, je n'ai pas tout compris.

MICHEL, l'entraînant et lui parlant en aparté. - Elle croit que je suis Michel Leblé, le psychologue, et que tu es ma femme, Bénédicte Tain, vétérinaire de son état.

MATHILDE, réalisant, en aparté. - De là, l'auscultation du Gros cochon.

MICHEL, toujours en aparté à Mathilde. - Elle nous prend aussi pour les patrons du club échangiste et cerise sur le gâteau, il paraît que toutes les portes sont fermées.

MATHILDE, même jeu. - Fermées ? Mais comment fait-on pour repartir ?

SOIF D'APPRENDRE. - Alors, elle a compris ?

MICHEL. - Oui, oui, n'est-ce pas Béné, ma petite liqueur ? (Puis en aparté.) Ris, ris. (Elle rit.)

MATHILDE. - C'est vrai que je pourrais ausculter le Gros cochon...puisque je suis vétérinaire...mais en plein Paris, je m'occupe plutôt des petits animaux, voyez-vous.

SOIF D'APPRENDRE. - Je vois.

MICHEL, d'abord en aparté. - Il y a un seul gros cochon dans Paris et c'est pour nous. (Puis à Mathilde.) Je vais aller aux nouvelles puisque tout est apparemment bloqué.

MATHILDE. - Surtout que nous devons absolument nous en aller.

MICHEL - Et d'abord, rangeons ceci. (Il ramasse son sac puis celui de Mathilde. Il sort côté cour.)

 

SCENE 3: SOIF D'APPRENDRE, MATHILDE puis GROS COCHON

SOIF D'APPRENDRE. - Mais tout le monde devra repartir.

MATHILDE. - Bien sûr...mais on nous attend: nous sommes invités.

SOIF D'APPRENDRE. - A cette heure-ci ? Il est plus de minuit.

MATHILDE. - C'est...c'est une invitation spéciale.

SOIF D'APPRENDRE. - Pourquoi spéciale ?

MATHILDE. - C'est...c'est pour... l'ouverture d'un...d'un nouveau club échangiste.

SOIF D'APPRENDRE. - Où ?

MATHILDE. - ...Pas très loin.

SOIF D'APPRENDRE. - On ne peut pas savoir ?

MATHILDE. - Pour l'instant, c'est secret, c'est sur invitation.

SOIF D'APPRENDRE. - Et ça s'appelle ?

MATHILDE. - ça s'appelle...Je ne sais plus...Si…ça me revient...le...le Troc.

SOIF D'APPRENDRE. - Le Troc ?

MATHILDE. - Oui...puisqu'il y a échange...le Troc.

SOIF D'APPRENDRE. - Il y a un ruban ?

MATHILDE. - Pourquoi un ruban ?

SOIF D'APPRENDRE. - Pour le couper...si c'est une inauguration. Dites, si tout le monde est déjà déshabillé, il faut faire attention en coupant.

MATHILDE. - Pourquoi ?

SOIF D'APPRENDRE, souriant. -  Il ne faudrait pas priver un homme de tous ses atouts.

MATHILDE. - Je...je ne sais pas, c'est la première fois que je vais aller dans un club échangiste.

SOIF D'APPRENDRE. - La première fois alors que vous êtes les propriétaires ici ?

MATHILDE. - Je voulais dire...la première fois pour une inauguration...D'habitude, c'est nous qui invitons.

SOIF D'APPRENDRE. - Des gens comme Gros cochon ou moi...Comment nous avez-vous trouvé ?

MATHILDE. - J'ai...j'ai tout de suite pensé à Gros cochon...comme...comme je suis vétérinaire.

SOIF D'APPRENDRE, souriant. - Là, je vais vous demander des droits d'auteurs. Mais au risque de me répéter, comment nous avez-vous trouvé ?

MATHILDE. - Je...je ne sais plus...On nous a sûrement communiqué vos coordonnées.

SOIF D'APPRENDRE. - Vous avez eu nos adresses ?

MATHILDE. - Comme dans ce milieu, il s'agit d'être discret, vous ne connaîtrez pas nos petits secrets. Vous êtes bien curieuse.

SOIF D'APPRENDRE. - Vous avez raison: moins on en sait...

MATHILDE. - ...mieux c'est.

SOIF D'APPRENDRE, souriant. - Et puis, on n'a plus forcément sur soi de quoi ranger une carte de visite.

MATHILDE. - Voilà...et même si vous connaissez ou reconnaissez quelqu'un, faites semblant de ne pas le connaître.

 

(Gros cochon, déguisé en homme préhistorique, fait son entrée côté cour.)

GROS COCHON. - Vraiment curieux: on passe sans problèmes d'un appartement à l'autre, toutes les portes sont ouvertes.

SOIF D'APPRENDRE. - Mais celles qui donnent sur l'extérieur sont fermées.

GROS COCHON, à Mathilde. - Vous n'êtes pas déguisée ?

MATHILDE. - Comme vous le voyez.

SOIF D'APPRENDRE, désignant Mathilde. - C'est la patronne.

MATHILDE. - Je suis vétérinaire...Je m'appelle Bénédicte...Bénédicte Tain.

GROS COCHON. - J'ai vu votre nom sur la plaque. C'est un pseudonyme ?

MATHILDE. - Non, c'est mon vrai nom.

GROS COCHON, se mettant à rire. - Vos parents ne vous ont pas ratée. Monsieur et madame Tain ont une fille. Comment l'ont-ils appelée ?

SOIF D'APPRENDRE. - Bénédicte. (Elle rit avec Gros cochon.)

GROS COCHON. - Vous auriez pu mal tourner et rentrer dans les ordres. (Même jeu.)

MATHILDE, vexée. - Merci, c'est gentil.

GROS COCHON. - Si vous vous étiez appelée Quin, ils vous auraient prénommée Dominique...Dominique Quin. (Ils rient encore à deux.)

SOIF D'APPRENDRE. - Et son père se serait appelé Charles...Charles Quin. (Même jeu.)