BIENVENUE SUR LE SITE DE PHILIPPE DANVIN, AUTEUR DRAMATIQUE

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SCENE 1 : JEROME, CECILE et LE MARI     Revenir à la pièce

 JEROME (rentrant) – Enfin ! Et maintenant dormir, dormir. Je coupe mon portable et dodo, dodo ! (Son portable sonne.) Sale bête ! Je réponds si ce n’est pas elle et puis basta ! (Il répond.) Allô ! Non, elle n’est plus là. Plus de Déborah, non ! Fini Déborah !…Mais je suis crevé mon vieux, tu ne peux pas savoir, je suis crevé, lessivé… Trois nuits blanches pour réussir à rompre ! Elle me rappelle Cécile. Tu te rappelles de Cécile, la collante Cécile ? Il m’a fallu déménager pour en être quitte…Boire un verre ? Non, impossible…Demain, oui, pourquoi pas ?… Après une bonne nuit de repos…Oh oui, une bonne nuit de repos ! ... Oui, on se rappelle, salut ! (Il raccroche.) Et une nuit, ce sera le strict minimum. Vingt heures de sommeil, là oui. Je vais me déconnecter du monde. Fini Déborah ! Terminé les Déborah, les Cécile, fini ! fini ! (On sonne.) Allons bon, si ce n’est pas un marchand de somnifères, je m’en vais te l’expédier, foi de Jérôme. (Il va ouvrir. C’est une femme.) Cécile ! Toi ici ? Mais comment se fait-il ?

CECILE – Je te retourne la question : qu’est-ce que tu fais là ?

JEROME – Comment ça qu’est-ce que je fais là ? Mais si tu as sonné à cette porte, c’est que tu m’as retrouvé, que tu savais que j’habitais ici.

CECILE – Ecoute, je n’ai pas le temps de t’expliquer. J’ai quelques secondes d’avance sur mon mari qui va arriver. Il est persuadé que j’ai un amant dans le quartier. En bas, il était tellement menaçant qu’il a exigé de savoir son nom. Quand j’ai vu la plaque : « Jérôme Durant, kinésithérapeute », je n’ai pas réfléchi, j’ai donné le nom.

JEROME – Un nom qui est le mien.

CECILE – Mais les Durant, ça court les rues ! La preuve. Sur le moment, je n’ai même pas pensé à toi, ce n’est qu’en te voyant que j’ai réalisé. Mais je te croyais mort en Afrique, il y a cinq ans. Tu as l’air drôlement bien portant pour un mort.

LE MARI (en voix off) – Il n’a qu’à faire ses prières.

JEROME – Mon Dieu ! Je ne sais pas ce qui se prépare mais je ne suis pas en état. Je suis si fatigué.

LE MARI (surgissant) – Le voilà, le monstre !

JEROME – Le monstre, le monstre, c’est vite dit. Si vous regardez bien, vous verrez que je n’ai pas le physique de l’emploi.

LE MARI – Parce qu’il y a un physique pour être amant, peut-être ?

JEROME – Il faut déjà être beau, regardez-moi d’un peu plus près.

CECILE (au mari) – Mais oui, regarde-le : comment veux-tu qu’il ait pu me séduire ?

JEROME – Mais oui, voyons, je suis insignifiant.

CECILE – Tout à fait insignifiant.

LE MARI – Vous êtes bien Jérôme Durant, kinésithérapeute ?

JEROME – Oui, mais ça s’arrête là.

LE MARI – Non, monsieur, cela ne s’arrête pas là : en bas ma femme m’a donné votre nom, le nom de son amant. Osez-vous nier que vous n’avez jamais été son amant ?

JEROME – Non.

CECILE (à Jérôme) – Mais enfin qu’est-ce qui te prend de dire une chose pareille ?

LE MARI (d’abord à Cécile) – Le tutoiement ! Tu vois que tu le connais. (Ensuite à Jérôme.) J’apprécie au moins une chose chez vous : la sincérité. Mais un aveu ne vous sauvera pas.

JEROME – Un aveu ? Mais je n’ai rien avoué du tout.

CECILE – Il n’a rien avoué et je ne l’ai pas tutoyé : tu as dû mal entendre.

LE MARI – Mes oreilles sont encore en bon état de marche. Merci ! (A Jérôme.) Vous reconnaissez donc que vous êtes son amant.

JEROME – Moi ? Jamais de la vie.

CECILE (à son mari) – Tu vois.

LE MARI (à Jérôme) – Vous venez de dire le contraire il y a quelques secondes à peine.

JEROME – Vous m’avez demandé si j’avais été son amant et j’ai répondu oui. Est-ce que c’est clair ?

LE MARI – N’essayez pas de m’embrouiller. Vous voyez bien que vous reconnaissez être son amant. 

CECILE – Il ne reconnaît rien du tout.

JEROME – Exactement. Dans l’état de fatigue qui est le mien, je suis incapable de reconnaître quoi que ce soit.

LE MARI – Avouez : vous êtes son amant.

JEROME – Pas je suis, mais plutôt je fus ou j’étais, monsieur, j’étais.

LE MARI – Comment ça vous fûtes, comment ça vous étiez ?

CECILE – Ecoute, tu vois bien que ce monsieur est fatigué et qu’il tient des propos incohérents en récitant ses tableaux de conjugaison.

JEROME – C’est ça, oui. Je suis fatigué, je tiens des propos incohérents. Alors laissez-moi me reposer et vous reviendrez plus tard, demain par exemple.

LE MARI – Vous ne m’avez pas répondu : pourquoi avez-vous dit que vous étiez son amant ?

JEROME – Parce que ça remonte à quelques années et qu’il y a prescription, vous entendez : prescription.

CECILE (à son mari) – Voilà, comme dit monsieur, il y a prescription. On ne va pas ressortir les vieux dossiers.

LE MARI – Et pourquoi pas ?

JEROME – Parce qu’il y a prescription, comme je viens de vous le dire. J’étais l’amant de madame il y a cinq ans et votre histoire est plus récente, tout simplement.

LE MARI – Il y a dix ans que nous sommes mariés.

JEROME – Dix ans ? (En aparté à Cécile.) Pourquoi m’avais-tu dit il y a cinq ans que ton mari était cloué dans un fauteuil roulant suite à un accident de voiture et qu’il avait encore peu de temps à vivre ?

CECILE (embarrassée et en aparté à Jérôme) – Je...je... t’expliquerai mais la guérison fut miraculeuse.

JEROME (au mari) – Ecoutez mon vieux, jusqu’à présent, je suis resté bien poli et correct mais si vous ne débarrassez pas le plancher immédiatement, je vous renvoie à Lourdes et j’appelle la police.

LE MARI – Je suis là et je ne vois pas ce que j’irais faire à Lourdes.

JEROME – Je vois bien que vous êtes là mais si vous ne mettez pas le cap immédiatement sur un centre de pèlerinage agréé par la sécurité sociale, je vous répète que j’appelle la police.

LE MARI – Et moi je vous répète que je suis là, déjà là. C’est moi la police : commissaire de police, même.

JEROME (en aparté) – La gaffe.

CECILE (au mari) – Tu cherches à lui faire peur ?

JEROME (en aparté) – Premier commandement du citoyen honnête : tu éviteras de parler trop vertement à un ancien commissaire paralytique si tu ne veux pas te retrouver au violon pour apprendre la musique.

LE MARI – Vous m’avez donc bel et bien cocufié, monsieur, voici cinq années !

JEROME (en aparté) – Cocufié ? Cocufié ? Comme ça parle bien un commissaire ! (Puis au mari.) Monsieur le Commissaire, je vois que vous êtes énervé et dans votre état que je devine encore précaire, vous feriez mieux de penser à votre santé et remettre la fin de cet entretien à demain parce que là, vraiment, je fatigue.

LE MARI – Vous fatiguez ? (Puis à Cécile.) Donc si je comprends bien, tu as connu ce monsieur il y a cinq ans et tu as eu au minimum deux amants depuis que nous nous connaissons.

CECILE (embarrassée) – Deux…deux amants ? Mais non, mais non !

LE MARI – Mais si, mais si !

JEROME – Bien. Je vois que vous allez jouer au ni oui ni non, je vous laisse. Je file dans ma chambre, vous n’aurez qu’à claquer la porte en sortant.

LE MARI – C’est ça, passez à côté quelques instants, j’ai à parler à ma femme. Mais ne vous endormez pas, je vais encore avoir besoin de vous dans très peu de temps. (Jérôme rentre dans la pièce du fond côté cour.)

 SCENE 2 : CECILE et LE MARI

 CECILE – Si…si nous rentrions chez nous ?

LE MARI – Je pose toujours les questions sur le lieu du crime.

CECILE – Le lieu du crime ?

LE MARI – C’est ici que tu le voyais ? C’est ici que ça se passait ?

CECILE – Que…que ça se passait ? Non…non... il ne pouvait pas.

LE MARI – Il ne pouvait pas ?

CECILE – Tu...tu ne l’as pas entendu se plaindre ? Il a parlé de Lourdes, de pèlerinage, d’être fatigué.

LE MARI – Et alors ?

CECILE (avec gravité) – Il n’y a plus qu’un miracle qui puisse le sauver.

LE MARI – Un miracle ?

CECILE – Il souffre d’une espèce de maladie du sommeil mais c’est pire.

LE MARI – C’est pire ?

CECILE – Certaines activités lui sont interdites tellement elles le fatiguent.

LE MARI – Certaines activités ? De quoi veux-tu parler ?

CECILE – Mais des activités…sexuelles, bien sûr. Je..je l’ai connu un peu par hasard et quand il est tombé amoureux de moi et que j’ai appris son état, je…je…

LE MARI – Tu ?

CECILE – …j’en ai eu pitié et je venais le voir…sans qu’il ne se passe rien forcément. C’était platonique. Il a toujours besoin de dormir.

LE MARI – Vraiment ?

CECILE –Son état ne fait qu’empirer et ses facultés intellectuelles diminuent également. Tu n’as pas remarqué ses propos incohérents ?

LE MARI – C’est vrai que j’avais du mal à suivre sa conversation. Il avait l’air de me parler comme si c’était moi le malade.

CECILE – C’est typique.

LE MARI – C’est typique ?

CECILE – Typique de sa maladie. Des gens comme lui se croient bien portants et s’intéressent au sort des autres parce qu’ils croient que ce sont eux les malades.

LE MARI – Tu es sûre ? 

CECILE – Et si jamais il continue à te parler de la sorte, ne le démens pas, il faut rentrer dans son jeu. Il oublie ainsi sa propre maladie et sa mort prochaine.

LE MARI – Sa mort prochaine ?

CECILE – Il n’en a plus que pour quelques mois.

LE MARI – Quelques mois ? Moi qui voulais lui faire la peau.

CECILE – Tu es contre l’euthanasie ?

LE MARI – Evidemment.

CECILE – Voilà une deuxième raison de ne pas l’abattre.

LE MARI – Une deuxième ? Et si nous reparlions de ta deuxième infidélité à présent ?

CECILE – Ma deuxième infidélité ?

LE MARI – Mais oui, il a admis qu’il t’avait connu il y a cinq ans. Or, il y a une autre infidélité, plus récente, celle qui m’amène ici.

CECILE – Ici, tu viens de le dire, pas ailleurs. Il n’y a personne d’autre. Quand j’ai dû le nommer, c’est son nom que j’ai donné... Tu m’avais fait suivre ?

LE MARI – En étant commissaire, c’était facile, enfin presque. Je suis resté dans le vague, je ne voulais pas qu’on se moque de moi. J’ai appris que tu venais régulièrement dans le quartier.

CECILE – Je n’ai jamais pu me résoudre à l’abandonner depuis cinq ans. L’abandonner, c’était le tuer.

LE MARI – Il avait quand même l’air d’insister en disant que tout était fini depuis cinq ans.

CECILE – Pour ne pas te faire souffrir. A ses yeux, c’est toi le malade. Tu ne le vois quand même pas t’avouer que cela durait depuis cinq ans.

LE MARI – Tu dois avoir raison. Mais il ne s’est vraiment jamais rien passé ?

CECILE – Si. J’avoue et malgré tout, j’ai honte : il y a eu quelques baisers.

LE MARI – Je comprends et je pardonne.

CECILE – J’admire ta grandeur d’âme.

LE MARI (en lui touchant tendrement l’épaule) – Et moi la tienne.

 SCENE 3 : JEROME, CECILE et LE MARI

 JEROME (revenant) – Si vous avez encore à me parler, faites-le tout de suite, s’il vous plaît. Je voudrais me reposer.

LE MARI (attendri) – Je comprends : ne restez pas debout, mon vieux, venez vous asseoir.

JEROME – Venir m’asseoir ?

LE MARI – Mais oui, pas d’effort inutile, venez.

JEROME (en aparté) – Je me serais trompé sur son compte ?

LE MARI – Venez, venez.

CECILE – Mais oui, viens, Jérôme. (Elle se déplace jusqu’à lui.)

JEROME (en aparté à Cécile) – Si tu me parlais de sa guérison miraculeuse, toi !

CECILE (en aparté à Jérôme) – Heu…à Lourdes, on n’y croyait plus et ça a marché…Il s’est mis à remarcher…et tout le reste a suivi. Mais ne t’y fie pas, il est dangereux. (Elle s’éloigne de lui.)

LE MARI – Nous allons vous laisser vous reposer.

CECILE – C’est ça, laissons-le puisqu’il est mort de sommeil.

LE MARI – Enfin ! mort, vous avez encore le temps mon vieux, vous avez encore le temps.

JEROME – Encore le temps ?

CECILE (en aparté, s’emparant d’une clé qu’elle vient de trouver sur un meuble) – Et ça, c’est pour moi, la clé de l’appartement. Je t’ai retrouvé, je ne te lâche plus.

LE MARI – Je reviendrai demain prendre de vos nouvelles.

JEROME – Si vous y tenez.

CECILE (sortant) – Au revoir, Jérôme.

LE MARI – J’arrive. (Puis à Jérôme.) Ménagez-vous, mon vieux, ménagez-vous. On n’a qu’une vie, reposez-vous.

JEROME – Merci. Je vais effectivement suivre votre conseil. (Le mari sort.) Curieux, cette subite gentillesse. Enfin, je vais en profiter pour récupérer. (Cécile revient par la porte qui était restée ouverte.)

CECILE – Vite ! J’ai à peine une minute.

JEROME – Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu as un amant dans le quartier ?

CECILE – Si tu me parlais plutôt de ta mort en Afrique.

JEROME – Pas avant que tu ne m’aies parlé de sa guérison miraculeuse.

CECILE – Je n’ai pas le temps : sache qu’il est bel et bien dangereux, il a en permanence un revolver sur lui. Mais sa guérison n’est pas définitive : il est occupé à perdre petit à petit la raison.

JEROME – C’est-à-dire ?

CECILE – Il se met à voir dans chaque personne un grand malade et lui parle alors avec beaucoup de gentillesse.

JEROME – Ce qui explique son changement subit de comportement.

CECILE – Je file sinon il risque de remonter pour nous tirer comme des lapins. (Elle repart. Il ferme la porte derrière elle.)

JEROME – Comme des lapins ? Non mais ! La période de chasse est clôturée, tu entends commissaire qui perd la raison, clôturée. Bien, la porte est fermée, il n’y a plus que moi et moi. Quel beau tête à tête ! Premier commandement du célibataire épuisé : ta porte tu veilleras à bien refermer. (Il va s’asseoir.) Second commandement : tu te créeras une image mentale agréable pour demander le passage du marchand de sable. On se concentre : création de l’image mentale : je descends dans le Sud dans ma magnifique 308. Ma 308, quel pied !

Dire que la semaine avait si bien commencé quand j’en avais pris livraison et puis il a fallu l’ouragan Déborah, l’ouragan, que dis-je ? le cyclone, le raz-de-marée, le tsunami de l’amour. Terminé tout ça, je mets le cap sur une île nommée abstinence. Les femmes : une ça va, trois…

(Cécile revient.)

Cécile – Bonjour les dégâts !

JEROME – Bonjour les dégâts ? Comment ça « Bonjour les dégâts ? » Comment es-tu rentrée ?

CECILE – J’ai vu des clés qui traînaient tantôt. Je n’ai pas pu résister. Je viendrai quand je le voudrai maintenant.

JEROME – Premier commandement du célibataire abstinent : de serrures tu changeras immédiatement pour qu’elle oublie que tu fus son amant.

CECILE – Que marmonnes-tu ?

JEROME – Marmonne ?…Heu ! non, marmotte, voilà c’est ça. Je rêvais d’une marmotte, je me disais : si je pouvais dormir comme une marmotte.

CECILE – Un qui dort et au volant, lui, c’est mon idiot de mari. Il m’exaspère. Je suis remontée quand je l’ai vu emboutir une voiture en redémarrant. Si tu l’avais vu : après l’arrière, en voulant se dégager, il a ensuite littéralement labouré toute l’aile gauche.

JEROME (inquiet) – Une voiture ?

CECILE – Oui, une 308 rouge garée dix mètres plus loin dans la rue.

JEROME (explosant) – Ce n’est pas possible ! Je vais me réveiller. Dites-moi que je rêve. La première voiture neuve que j’achète de ma vie après des occasions pourries, il me l’emboutit. Une voiture neuve de quatre jours ! Je vais le tuer, je vais le tuer, le réduire en bouillie, lui envoyer un kamikaze pour le faire exploser, le massacrer, l’exterminer à grande échelle, le génocider. Et il trempera son doigt dans son sang pour me demander grâce et il écrira (Le mari rentre à son tour. Jérôme change radicalement de ton.)…sur un constat à l’amiable. Ne vous en faites pas Monsieur le Commissaire, c’est ma bagnole et on va écrire les circonstances sur un constat…à l’amiable. J’étais mal garé, c’est ça, j’étais mal garé, j’assume. Ne vous en faites pas, je plaide coupable. (Il tend les mains comme pour être menotté.)

LE MARI – Je suis confus.

JEROME – Moins que moi, commissaire, moins que moi.

LE MARI – Non, vraiment, c’est de ma faute.

JEROME – Puisque je vous dis que j’étais mal garé.

LE MARI – Mais non, mais non !

JEROME – Mais si, mais si. D’ailleurs, je vais vous donner les clés. Vous déplacerez ma 308 pour mal la garer pour qu’on voie que c’était vraiment ma faute.

LE MARI – Mais je ne peux pas faire une chose pareille.

CECILE – Si on te le propose.

JEROME – C’est moi qui vous le demande.

LE MARI – Mais non, mais non !

JEROME – Mais si, mais si !

LE MARI – Mais non, mais non !

JEROME – Mais si, mais si !

LE MARI – Si vous insistez.

JEROME – Mieux que ça : j’y tiens. Et dans la boîte à gants, vous trouverez un constat : complétez-le à votre avantage, il ne me restera plus qu’à le signer ensuite.

LE MARI – Mais je ne peux pas faire une chose pareille.

CECILE – Si on te le propose.

JEROME – Puisque je vous dis que j’y tiens.

LE MARI – Mais non, mais non !

JEROME – Mais si, mais si !

LE MARI – Mais non, mais non !

JEROME – Mais si, mais si !

LE MARI – Bien alors, je vais me laisser convaincre. (Jérôme sort un trousseau de clés de sa poche et lui tend.)

JEROME – Voici les clés.

LE MARI – Merci. Pendant que je m’occupe de tout cela, profitez-en pour vous reposer, mon vieux.

JEROME – Me reposer ? Ne me tentez pas, commissaire, ne me tentez pas.

LE MARI (sortant) – Je reviens.

JEROME – Oh oui ! me reposer.

CECILE – Nous avons mieux à faire. (Elle va fermer la porte à clé.)

JEROME – Nous avons mieux à faire ?

CECILE – Allez ! La porte est fermée, il ne pourra pas rentrer. Refais-moi le coup du canapé.

JEROME – Le coup du canapé ?

CECILE – Mais oui, on tourne autour et puis on s’accouple bestialement dessus quand tu m’attrapes.

JEROME – C’est hors de question !

CECILE – Au lieu de te disculper, tu veux que je lui raconte en long et en large toutes nos galipettes ?

JEROME – Oh, la salope ! Tu ne perds rien pour attendre.

CECILE (tournant autour du canapé) – Plus que trois petits tours…

JEROME (même jeu mais pleurnichant) - …avant de faire l’amour.

CECILE (même jeu) – Plus que deux petits tours…

JEROME (même jeu) - …avant de faire l’amour.

CECILE (même jeu) – Plus qu’un petit tour…

(Une femme est rentrée.)