BIENVENUE SUR LE SITE DE PHILIPPE DANVIN, AUTEUR DRAMATIQUE

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La bête est fatiguée  Revenir à la pièce

SCENE 1 : LOUISE, CHRISTIAN, AMANDINE 

LOUISE, rentrant en traînant derrière elle une valise. – Viens, chéri. (Un homme rentre à son tour.) Va t’asseoir. (L’homme, visiblement sans ressort, va s’asseoir dans un canapé.) Ici, tu vas retrouver ton entrain, l’inspiration et tu vas commencer à écrire ta nouvelle pièce de théâtre.

CHRISTIAN. – J’aimerais partager ton optimisme mais je suis fini, usé.

LOUISE. – Ce qu’il te faut, c’est du dépaysement…et de la nouveauté pour te rebooster.

CHRISTIAN. – De la nouveauté ?

LOUISE. – L’hôtel, on connaît par cœur. Les chambres d’hôte, par contre, nous n’avons jamais essayé.

CHRISTIAN. – A l’hôtel, il y a une réception. Ici : personne apparemment.

LOUISE. – Oui, c’est un peu étonnant…et le camping, juste à côté, c’est dépaysant aussi.

CHRISTIAN. – Bof ! C’est connu, archiconnu.

LOUISE. – Sûrement pas celui-ci : il vient d’ouvrir hier.

CHRISTIAN. – Rien qu’à l’idée de passer une nuit sous la tente, j’ai les boules.

LOUISE. – ça tombe bien, tu pourras aller jouer à la pétanque.

CHRISTIAN. – J’avais besoin de calme, ce sera l’affluence…Tout ce que je déteste.

LOUISE. – Mais non, les campeurs ne vont pas venir ici.

CHRISTIAN. – Tu n’as pas vu la plaque : « Gérance du camping » ?

LOUISE. – Gérance, ça ne veut rien dire, c’est pour les problèmes administratifs.

CHRISTIAN. – Eh bien, je sens qu’ils en auront…et qu’ils accourront ici.

AMANDINE, rentrant et dévisageant admirative Christian. – Alors comme ça, c’est vous ?

CHRISTIAN, à Louise. – Voilà le premier problème administratif. (Puis à la femme.) C’est moi ?

AMANDINE. – Christian Martin, l’auteur. J’ai entendu votre femme vous parler sur le parking.

LOUISE. – Tu vois mon Cricri, tu es un auteur connu, ça ne te rebooste pas, ça ?

AMANDINE, enthousiaste. – Cricri heu Christian Martin, nom d’un pétard ! Mes copines vont être jalouses. Signez mon t-shirt. (Elle lui tend à hauteur de la poitrine.)

LOUISE. – Non, plus bas.

AMANDINE. – Mon Dieu, mais je n’ai même pas un bic ou un marqueur.

CHRISTIAN. – Et je ne peux pas vous aider, dommage ! (Louise l’éloigne de la jeune femme.) Je n’ai rien sur moi, car je n’ai plus envie d’écrire.

LOUISE. – Mais si, tu vas écrire. Un auteur connu, reconnu, doit écrire.

CHRISTIAN. – Auteur connu, n’exagérons rien : je suis simplement joué par des amateurs. (Puis à Amandine.) Comment avez-vous entendu parler de moi ?

AMANDINE. – J’ai joué avec ma troupe la pièce où un mari trompe sa femme et où elle fait la même chose.

LOUISE. – Il en a écrit une vingtaine avec la même situation.

CHRISTIAN. – Seize.

LOUISE, à Christian. – Ne minimise pas encore. Sois fier, bombe le torse.

CHRISTIAN. – Je n’ai pas envie de bomber…ni de faire la bombe non plus, d’ailleurs.

LOUISE, à Amandine. – C’est un modeste, vous savez. (Puis à Christian.) Et le hasard fait bien les choses : tu retrouves l’une de tes interprètes.

CHRISTIAN. – Elle a été tellement marquée par la pièce qu’elle ne connaît plus le titre.

LOUISE. – Quel était le nom de votre personnage ? Que faisiez-vous dans la pièce ?

AMANDINE. – Je soufflais.

CHRISTIAN, en aparté.ça explique tout.

AMANDINE. – Mais souvent je n’entendais pas bien à cause des panneaux du décor. Ils sont trop épais.

LOUISE. – Il faut tendre l’oreille.

AMANDINE. – Je la pose contre mais parfois trop fort et je ne me rends pas compte que je pousse.

CHRISTIAN. – Et alors ?

AMANDINE. – Le jour de la première, j’ai vraiment poussé le panneau et j’ai renversé un vase qui était posé juste derrière.

LOUISE. – Et il est tombé sur la scène ?

AMANDINE. – Oui. Et Marguerite a crié, elle a eu peur et, du coup, elle a lâché sa tasse.

LOUISE. – Qui est tombée également sur la scène ?

AMANDINE. – Non : sur le pied de Jocelyne qui jouait la maîtresse de Roland qui était l’ex de Marguerite.

CHRISTIAN. – Tiens, Marguerite, je croyais que c’était une vache.

AMANDINE. – Meuh non, c’est la copine qui jouait le rôle de la cocue.

LOUISE, à Christian. – Ne te moque pas d’elle.

CHRISTIAN. – Je ne me moque pas : c’était un piège et elle n’est pas tombée…dans le panneau. Mais c’est vrai : j’ai été vache.

LOUISE. – Vous voyez, il n’arrête pas de faire du théâtre et donc vous, vous soufflez. Vous ne jouez jamais ?

AMANDINE. – Si, dans le lever de rideau. Deux fables de La Fontaine : « Le corbeau et le renard » et puis « Le loup et la brebis ».

CHRISTIAN. – Vous êtes sûre que ce n’était pas plutôt « Le loup et l’agneau » ?

AMANDINE. – Peut-être, je ne me souviens plus très bien mais c’était de La Fontaine.

CHRISTIAN. – Une fontaine, j’ai cru en apercevoir une en arrivant. Pouvez-vous aller me chercher un peu d’eau s’il vous plaît ?

LOUISE, à Amandine en aparté. – Je crois qu’il a besoin de rester seul.

AMANDINE, en aparté à Louise. – D’accord mais vous croyez qu’il pourrait m’aider à faire carrière au théâtre ?

LOUISE, même jeu. – Hm…oui, sans doute…mais revenez plus tard.

AMANDINE, même jeu. – OK, je comprends. (Puis à Christian.) A plus tard, monsieur Martin.

CHRISTIAN. – A plus tard, mademoiselle.

AMANDINE, en aparté. – Quand je vais raconter ça aux copines. (Elle sort mais revient aussitôt.) J’ai retrouvé le titre : « Le facteur sonne toujours deux fois. » (Louise et Christian la regardent étonnés.)

CHRISTIAN /LOUISE, en chœur, étonnés. – Le facteur sonne toujours deux fois ?

CHRISTIAN, ironique. – Ah bon ? Et pour la création de la pièce, j’avais engagé Jack Nicholson et Jessica Lange (Les noms sont bien prononcés à l’anglaise.)

LOUISE, à Christian. – Ne te moque pas encore.

CHRISTIAN. – Mais je ne me moque pas : il a même fallu que je leur apprenne d’abord le français.

AMANDINE, enthousiaste. – Vous faites passer des auditions ? Vous avez aussi une troupe ?

LOUISE. – Oui, il a une troupe mais d’amateurs.

AMANDINE. – Ah ! Je me disais aussi…parce que je ne connais pas ce Jacques Ni…Ni comment encore ?

CHRISTIAN, prononçant à la française. – Jacques Nicholson…et j’avais engagé Jessica pour faire le saut.

AMANDINE. – Le saut ? Quel saut ?

CHRISTIAN. – Le saut de l’ange : Jessica Lange (Prononcé à la française.) pour faire le saut de l’ange évidemment.