BIENVENUE SUR LE SITE DE PHILIPPE DANVIN, AUTEUR DRAMATIQUE

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Les naufragés du troisième millénaire (2003)revenir à la pièce

Scène 1 : les naufragés

 

(Devant le rideau fermé, On découvre Jacques et Rose sur un canot pneumatique. Ils rament.)

ROSE (s'arrêtant de ramer, désespérée, après un gros soupir) - Je n'y arrive plus, j'en ai marre, je suis fatiguée, je suis fatiguée !

JACQUES - Continue de ramer, fainéante. C'est de ta faute si on a coulé. On n'a pas idée: faire des crêpes flambées en mettant une bouteille entière d'alcool.

ROSE - Au moins comme ça, tu ne l'as pas bue, alcoolique !

JACQUES - Alcoolique toi-même, c'est trop facile de donner son nom aux autres: tu bois autant de whiskies que ce capitaine qui accompagne Tintin partout. Je suis tellement énervé que j'en oublie son nom.

ROSE - Haddock, imbécile ! Tu ne connais même pas tes classiques. On dirait que tu regardais les images sans lire le contenu des bulles.

JACQUES - Des bulles, elle sait qu'on appelle ça des bulles ! Mais c'est à croire qu'elle n'a jamais lu que des bandes dessinées dans sa vie…Mes classiques, je les connais autant que toi, si pas mieux. La preuve, je peux te dire que tu me casses autant les pieds que la Castafiore quand elle se met en tête de chanter.

ROSE - Quoi ? Elle est forte, celle-là !

JACQUES - Rame au lieu de discuter… Dire qu'on appelle notre planète la Terre…tu parles d'une terre !  je ne vois que de l'eau.

ROSE (vexée) - Tu ne m'as pas toujours dit des choses pareilles …Quand on s'est mariés, j'étais la plus belle pour toi.

JACQUES (faussement étonné) - J'ai dit ça, moi ?

ROSE - Oui, tu l'as dit.

JACQUES - Je devais avoir bu un verre.

ROSE - Tu vois, tu avoues.

JACQUES - J'avoue quoi ?

ROSE - Que tu bois, alcoolique !

JACQUES - Je n'avoue rien du tout…Tu étais belle, rassure-toi… et tu peux encore l' être…surtout quand tu ne fais pas brûler un bateau qui a coûté une fortune.

ROSE - Oh…ce n'était qu'une occasion.

JACQUES - Une occasion manquée de te taire…Tais-toi et rame…Une occasion…une occasion de vingt mille euros quand même !

ROSE - Mais une occasion quand même !

JACQUES - J'oubliais que Madame ne veut que du neuf, évidemment…c'est pour le standingc'est pour épater les voisins…

ROSE - Tais-toi et rame.

JACQUES - Tu pourrais me donner un coup de main, on avancerait plus vite parce que nos voisins ne sont pas là pour m'aider, figure-toi…pas assez riches pour se payer une croisière, sans doute.

ROSE (soupirant) - Je suis trop fatiguée.

JACQUES - C'est de naissance.

ROSE - Quoi, c'est de naissance ?

JACQUES - Ta fatigue.

ROSE - Sale mufle.

JACQUES - Et moi, je travaille pour le standing de Madame.

ROSE - Salaud !

JACQUES (faussement indigné) - Oh! quel langage mais que vont penser les voisins ?

ROSE - Ils ne m'entendent pas.

JACQUES (s'arrêtant de ramer) - Alors là, aucun risque…personne ne nous entendra, nous sommes seuls, désespérément seuls, perdus, il ne manque plus que des requins pour nous achever… Tiens, en voilà justement un !

ROSE (criant) - Ah ! Au secours ! Au secours !

JACQUES - Je te rappelle que personne ne peut nous entendre…Inutile de paniquer, ce n'est qu'une blague.

ROSE (lui donnant des coups de poing dans le dos) - Salaud ! 

JACQUES - Arrête, tu vas nous faire chavirer !…et je te rappelle également que tu ne sais pas nager.

ROSE - Salaud ! Tu n'es vraiment qu'un salaud !

JACQUES - Merci…Tu ne disais pas ça quand on s'est mariés.

ROSE - Mariés, mariés, tu ne perds rien pour attendre…dès qu'on arrive à terre, je divorce.

JACQUES - Enfin !

ROSE - Comment ça "enfin" ? …Voyou !

JACQUES - Dès qu'elle arrive à terre, madame divorce…parce que tu espères arriver à terre, la grande illusion !

ROSE - Mes illusions, il y a longtemps que je les ai perdues…le jour de notre premier anniversaire de mariage, j'étais fixée.

JACQUES - Ah bon ! et pourquoi ?

ROSE - Parce que tu l'avais oublié, pardi ! Gangster, espèce de sale gangster !

JACQUES - Tout de suite les grands mots pour un simple moment de distraction.

ROSE - Parce que tu appelles ça de la distraction ?

JACQUES - Tout à fait.

ROSE - Si c'est ça ta conception de l'amour et de la vie en couple.

JACQUES - Exactement…c'est de vivre ça au jour le jour et pas en ayant en tête des dates ou les yeux fixés sur un calendrier.

ROSE - Tu n'oublies pourtant pas la Saint-Valentin.

JACQUES - C'est différent, tout le monde m'y fait penser…"Et toi, Jacques, qu'est-ce que tu lui achètes ?"," Eh Jacques, n'oublie pas: demain, c'est le grand jour."

ROSE - Et tu arrives toujours avec ton sempiternel bouquet de fleurs…des roses, évidemment…Merci pour l'attention…et pour l'allusion.

JACQUES (Il se remet à ramer.) - Tais-toi et rame… Ce n'est quand même pas ma faute si tu t'appelles Rose.

ROSE - Ni la mienne…mais il existe quantité d'autres fleurs que les roses…et quantité d'autres cadeaux possibles que les roses.

JACQUES - Oui…Rose.

ROSE (après un long silence) - Tes fleurs ont toujours eu des épines, Jacques.

JACQUES - Et des pétales, aussi…Tu disais qu'elles sentaient bon, rappelle-toi.

ROSE - J'ai oublié…comme toi…les problèmes de mémoire, c'est contagieux !

JACQUES - Et c'est moi le grand malade qui te contamine, évidemment.

ROSE - Je ne te le fais pas dire.

JACQUES - Tais-toi…

ROSE - Et rame, je sais.

JACQUES - Non, tu ne sais pas…Tu avais raison, j'aurais pu t'offrir autre chose que des roses…un livre de cuisine, par exemple…tu y aurais trouvé la bonne recette des crêpes flambées.

ROSE - Salaud !…Tu la préparais, celle-là, n'est-ce pas ?…monsieur est content, il m'a humiliée.

JACQUES - Rassure-toi, il n'y a personne pour le voir ou l'entendre.