BIENVENUE SUR LE SITE DE PHILIPPE DANVIN, AUTEUR DRAMATIQUE

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SCENE 1 : LUCIE, PIERRE et LOUIS          Revenir à la pièce

LUCIE, rentrant. – Ce rôle de bonniche ne me plaît pas.

PIERRE. – Tu n’es pas une bonne mais une sorte de gouvernante.

LUCIE. – Une sorte ? On dirait une espèce animale en voie de disparition.

PIERRE. – Il s’agit d’encadrer au mieux son fils durant quelques mois puisque monsieur Laverdure est aux Etats-Unis.

LUCIE. – Mais il est assez grand pour tout faire lui-même. Les gouvernantes, c’était bon au dix-neuvième siècle. Nous sommes au troisième millénaire.

PIERRE. – Eh bien, au troisième millénaire, dans la bonne société, on a toujours recours à…à du personnel de maison, voilà.

LUCIE. – Me voilà ravalée au rang d’une soubrette.

PIERRE. – Mais non. Et puis, ton horaire est souple et en habitant si près, tu peux couper ta journée, rentrer si le cœur t’en dit.

LUCIE. – Mais pas aux heures de repas : je serai la cuisinière…manuelle, pas électrique !

PIERRE. – Comme tu ne travaillais pas, tu as à présent une occupation…financièrement très intéressante.

LUCIE. – En avions-nous besoin ?

PIERRE. – C’est plus qu’un complément et puis nous devons être ici pour l’encadrer.

LUCIE. – Encadrer Laverdure junior... Et pourquoi une si grande maison pour lui tout seul ?

PIERRE. – Parce que des…des gens vont bientôt arriver et s’installer ici un certain temps.

LUCIE. – Qui ?

PIERRE. – Nous en parlerons tout à l’heure à la maison.

LUCIE. – Pourquoi pas maintenant ?

PIERRE. – L’affaire est délicate et… (Il voit Louis rentrer.)

LOUIS. – Bonjour Pierre. Rebonjour Lucie.

PIERRE.  – Bonjour Louis. Vous voilà plus riche d’une gouvernante.

LUCIE. – Je me demande ce que je vais gouverner.

PIERRE. – Si tu allais nous chercher des rafraîchissements, Lucie.

LUCIE, révérences à l’appui. – Bien, Monsieur. Que ces messieurs désirent-ils boire ?

PIERRE. – Pour rappel, nous sommes au troisième millénaire, Lucie.

LOUIS. – Un peu d’eau suffira.

PIERRE. – Adjugé.

LUCIE. – Bien Messieurs, ces Messieurs seront satisfaits.  (Elle sort.)

 SCENE  2: PIERRE et LOUIS, puis CELIO

 LOUIS. – Elle a un côté rétro, vous ne trouvez pas ?

PIERRE. – Disons qu’elle a du mal à bien cerner son rôle.

LOUIS. – Et moi, j’ai un peu de mal à bien cerner le vôtre.

PIERRE.  – Etant l’homme de confiance de votre père, il a donc souhaité que je m’occupe de vous.

LOUIS. – Quelle idée de partir aux Etats-Unis !

PIERRE.  – Ses affaires l’ont appelé là-bas. Il est ambitieux et il l’est pour vous également.

LOUIS. – On va donc reparler de politique. Ce qui ne me dérange pas: j’en rêve aussi.

PIERRE.  – Vous êtes déjà conseiller municipal mais son souhait est de vous voir maire de cette petite ville.

LOUIS. – Alors que lui en a été incapable.

PIERRE.  – Les élections ont lieu l’an prochain. Mais il y a d’abord un problème lié à votre image à régler.

LOUIS. – Mon image ?

PIERRE.  –  Elle pose problème parce que nous sommes à la campagne. Ici les valeurs traditionnelles ont encore toute leur importance : un candidat doit être hétérosexuel.

LOUIS. – Mais tout évolue.

PIERRE.  – Pas ici ou en tout cas très lentement. Vous devez vous marier…avec une femme et si vous voulez encore bénéficier d’un certain train de vie…

LOUIS. – Je dois me plier à ses volontés, je sais. Je ne sais même que cela.

PIERRE.  – …et continuer à occuper un poste enviable dans sa société, vous n’avez pas le choix : vous devez également devenir père.

LOUIS. – Devenir en même temps père et maire, ça fait beaucoup pour un seul homme, non ?

PIERRE, agacé.  – Vous êtes immature, Louis. La vie est une chose sérieuse.

LOUIS. – Devenir père pour perpétuer la dynastie, pour que le rejeton prenne plus tard la succession.

PIERRE.  – Utilisez les mots que vous voulez, l’enjeu est clair si vous ne voulez pas finir sur la paille.

LOUIS. – Le vieux salaud.

PIERRE.  – Je vous en prie : pas de vulgarité.

LOUIS. – J’oubliais les bonnes manières chères à papa…pardon « Père » parce que j’ai rarement eu le droit de l’appeler « Papa ».

PIERRE.  – Je n’ai pas à juger l’éducation que vous avez reçue.

LOUIS. –  Très bonne éducation. Heureusement que maman était là pour l’affection.

PIERRE.  – Je l’ai peu connue. Je venais d’être engagé par votre père quand elle est décédée.

LOUIS. – Un père qui me préfère hétérosexuel…au point de me couper les vivres si je fais de la résistance…et j’en fais : je n’aime pas les femmes.

PIERRE.  – Vous apprendrez si pas à les aimer, du moins à en aimer au moins une.

LOUIS. – Pour faire semblant, pour la couverture…parce que sous la couverture, ça ne m’intéresse pas.

PIERRE.  – Avez-vous essayé au moins ?

LOUIS. – Essayé ? On dirait que vous me proposez d’aller goûter une cuisine exotique.

PIERRE.  – Ne serait-ce pas vous qui la préférez alors que vous n’avez pas goûté à la cuisine traditionnelle ?

LOUIS. – Soyons clair : j’ai toujours aimé les hommes et plus particulièrement un depuis un bon bout de temps. (La porte s’ouvre. Un homme rentre.) Quand on parle du loup…

CELIO. – On voit sa queue. (Apercevant Pierre.) …Pardon, Loulou…heu…Louis… je tombe comme un cheveu dans la soupe.

LOUIS. – Et nous parlions justement de cuisine. Voilà mon plat exotique. Rectification : un plat italien.

CELIO, saluant Pierre. – Monsieur Leroy.

PIERRE, saluant Célio.  – Monsieur Lipi…mais nous nous connaissons déjà un peu : appelez-moi Pierre.

CELIO. – Et moi Célio.

LOUIS. – Célio, peux-tu patienter quelques minutes à côté, s’il te plaît ? Monsieur Leroy et moi devons parler.

CELIO. – Pas de souci. (Saluant Pierre.) Au revoir.

PIERRE.  – Au revoir. (Il sort.) Revenons à nos moutons donc à votre bergerie. Cette grande maison possède plusieurs chambres d’amis qui vont accueillir des femmes.

LOUIS, surpris. – Des femmes ?

PIERRE.  – L’une d’elles deviendra votre épouse, Louis. S’il le faut, j’ai carte blanche, je peux vous en présenter beaucoup.

LOUIS. – Je n’ai pas besoin d’un harem.

PIERRE.  – Mais vous avez peu de temps devant vous pour imposer votre image d’époux, de père respectable pour ensuite gagner la confiance de vos électeurs.

LOUIS. – J’aime la politique mais pas les femmes, désolé.

PIERRE.  – Vous aimez le confort, le luxe, les endroits chics. Pourriez-vous renoncer à tout cela ?

LOUIS. –  …

PIERRE.  – Votre silence est éloquent.

LOUIS. – C’est vrai que je pourrais difficilement m’en passer.

PIERRE.  – Et de Célio ?

LOUIS. – Impossible.

PIERRE.  – L’aimez-vous au grand jour ?

LOUIS. – Avec père, il fallait que nous nous cachions…

 SCENE  3: LUCIE, PIERRE et LOUIS, puis CELIO

 LUCIE, rentrant en portant un plateau avec deux verres. – Voilà les rafraîchissements.

PIERRE.  – Où étais-tu passée ?

LUCIE.  – A la fontaine. Aller et retour, un kilomètre de marche avec une grande cruche. Au dix-neuvième siècle, le personnel de maison se déplaçait à pieds. (Elle lui tend le plateau, il prend un verre.)

PIERRE, prenant le verre. – Merci. Tu n’en ferais pas un peu trop ?

LOUIS. – Laissez, Pierre, j’adore. (A Lucie. Elle lui tend le plateau, il prend l’autre verre.) Merci. Comme vous avez dû avoir l’air…cruche !

PIERRE, à Louis. – Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ?

LOUIS. – Détendez-vous, Pierre.

PIERRE. – Non, sérieusement Lucie, où étais-tu passée ?

LUCIE. – A la fontaine, je t’ai dit. Non, je te raconte une fable. (Elle pose le plateau sur la table de la salle à manger.)

PIERRE. – Arrête, s’il te plaît.

LUCIE. – J’ai fait la connaissance de Célio Lipi. Mais il est ici comme chez lui apparemment.

LOUIS, embarrassé. – Il…il habite juste à côté. C’est mon meilleur ami et nous faisons de la politique ensemble.

PIERRE. – Des amis très proches, n’est-ce pas Louis, tout proches ?

LOUIS, même jeu. – Comme vous dites…tout proches.

LUCIE. – Mais pas forcément bien élevé. Il n’a pas sonné, il est passé par derrière.

PIERRE. – C’est une habitude chez lui.

LOUIS. – Une habitude ?

PIERRE. – Mais oui : de passer par derrière…enfin, tant que cela ne vous dérange pas.

LOUIS. – Non…cela ne…me dérange pas.

LUCIE. – Eh bien, moi, cela me dérange, il n’a qu’à sonner et passer devant. 

PIERRE. – Louis, dites-lui de passer par devant…du moins si c’est techniquement possible.

LOUIS, toujours embarrassé. – Je…je lui dirai. Il passera par devant.

PIERRE. – Si tu nous laissais à présent, Lucie, nous devons parler affaires.

LUCIE. – Bien, Messieurs, j’ai compris. La gouvernante se retire. (Elle sort.)

LOUIS. – Vous ne trouvez pas que vous poussez le bouchon un peu loin ?

PIERRE. – Je vous teste. Et il est visible que vous avez du mal à assumer votre homosexualité.

LOUIS. – Célio et moi assumons parfaitement mais nous sommes discrets.

PIERRE.  – Vous pourriez continuer à l’être, une fois votre couverture installée.

LOUIS. – Et qu’implique exactement votre couverture ?

PIERRE.  – Mon cher Louis, vont venir s’installer ici pour quelque temps trois femmes qui ont accepté disons de se délocaliser…

LOUIS. – Se délocaliser ?

PIERRE.  – N’ayant pas d’attaches dans la région, elles n’iront pas raconter vos préférences sexuelles : il est de toute façon prévu dans leur contrat qu’elles se taisent.

LOUIS. – Elles signent un contrat ?

PIERRE.  – Je travaille avec une agence. Il est logique de faire signer un contrat.

LOUIS. – Une agence matrimoniale ?

PIERRE.  – En quelque sorte. Et en France, une femme peut facilement faire cinq cents ou mille kilomètres. Voilà ce que j’appelle se délocaliser.

LOUIS. – Je croyais qu’il n’y avait que les entreprises qu’on délocalisait.

PIERRE.  – Vous pourrez également rencontrer des femmes étrangères mais parlant très bien le français, rassurez-vous.

LOUIS. – Vous avez recruté dans les pays de l’Est ?

PIERRE.  – Vous verrez mais sachez cependant qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre : elles savent que vous êtes financièrement très à l’aise.

LOUIS. – Ma richesse ne tient plus qu’à un fil, semble-t-il. Regardez déjà cette maison, grande bien sûr mais surtout on ne peut plus banale.

PIERRE.  – Et juste à la sortie de la ville. En l’achetant, votre père recherchait lui aussi la discrétion. Vous auriez pu éviter que votre ami vienne s’installer dans une maison voisine.

LOUIS. – Elle était à louer. Je n’étais pas très chaud mais le mal est fait.

PIERRE. – Mais pour la discrétion, c’est bel et bien raté et cela met en péril la réussite…

LOUIS. – …de votre opération commando : sauver le futur maire Louis de l’homosexualité.

PIERRE.  – Vous portez déjà le prénom d’un roi de France. Pourquoi pas celui d’un maire ?

LOUIS. – En attendant, Louis ne vit plus dans un palais. Les femmes de son harem vont être déçues.

PIERRE.  – Nous allons voir cela tout de suite.

LOUIS, surpris. – Tout de suite ?

PIERRE.  – Elles m’attendent près d’ici. Je vous les ramène dans cinq minutes.

LOUIS, même jeu. – Comment ça dans cinq minutes ?

PIERRE.  – Nous n’avons plus la vie devant nous. Et comme il faudra sûrement un peu de temps pour que la mayonnaise prenne. (Il sort.)

LOUIS. – La mayonnaise ? Oh, purée ! Que vais-je faire de ma cuisine exotique ?